Présence Dominicaine à Etiolles

Dernière rencontre avec l’Histoire, contemporaine celle-ci, Étiolles vit s’implanter sur son sol, dans le domaine du château des Hauldres, en 1938, le plus grand Couvent d’Étude de la province de France de l’ordre des Dominicains.

Ordre prêcheur fondé par Saint Dominique et soumis à la règle de Saint Augustin, il fut approuvé par le pape Honorius III en 1216.

Ce couvent, baptisé de la Sainte Trinité, et plus familièrement « Le Saulchoir » (de Saules) en souvenir de celui de Klain, en Belgique, s’inscrit dans la continuité de l’histoire conventuelle de la Province de France.

Cette continuité était si forte qu’elle résiste vaillamment aux événements extérieurs, en particulier aux persécutions gouvernementales. À deux reprises, en 1880 et en 1903, les ordres religieux seront expulsés de France.

Celle de 1903 est due à Emile Combe, radical-socialiste. Curieusement docteur en Théologie, il abandonna l’état ecclésiastique pour se rallier au laïcisme le plus radical.

Sa politique aboutit à la rupture avec le Saint Siège, en juillet 1904.

Ces regrettables événements conduisirent le Couvent d’Études des Dominicains, de Flavigny en France, à Tyrel en Espagne, en Corse de 1884 à 1895, de nouveau à Flavigny de 1895 à 1903 et finalement à klain, en Belgique jusqu’en 1938, date à laquelle il s’établit enfin à Étiolles.

Le choix d’Étiolles est la résultante de nombreux facteurs. Au départ, il y avait le projet grandiose d’un centre spirituel international, d’une capacité de 300 religieux, apte à donner aux étudiants dominicains de tous les pays du monde, le privilège d’une vie religieuse appuyée sur les ressources incomparables d’un Paris proche.

Le domaine du Château des Hauldres, de quinze hectares, au cœur d’un village résidentiel paisible de quinze cent habitants, répondait parfaitement à ce choix.
Il fut acquis en 1936 sous l’impulsion du syndic provincial le Père Synace et du Provincial le Père Padet.

Ce magnifique projet ne fut que partiellement réalisé en raison des vicissitudes du temps auxquelles s’ajoutèrent les cinq longues années de la seconde guerre mondiale, de 1939 à 1945, plus que doublées par celles de la reconstruction.

Le bâtiment conventuel principal flanquait la route nationale 448, emplacement délibérément choisi pour accentuer le rayonnement de l’ordre.

Sa construction laborieuse suscita de nombreux problèmes dus en particulier aux fortes différences de niveaux du terrain, accentuées par la dimension exceptionnelle des bâtiments.

Initialement, il devait comporter deux étages, complétés par deux autres corps parallèles à la Sein, destinés au noviciat et aux logements des Pères.

Un dernier bâtiment devait fermer le quadrilatère et constituer la bibliothèque.

Les menaces de guerre ne permirent pas de mener à bien ce projet. En contrepartie, un troisième étage fut construit, au détriment de l’harmonie de l’ensemble.

Une construction additionnelle permit d’abriter le réfectoire et les cuisines.

La partie supérieure, qui devait constituer la base de la future église conventuelle, ne fut jamais réalisée.
À la sortie de la guerre, au retour des prisonniers, la communauté culminera à cent soixante-dix membres : frères étudiants, Pères professeurs et frères convers, de quinze nationalités différentes.

On décida alors de construire une hôtellerie dans laquelle défilèrent aussi un nombre incroyable de retraitants, étudiants des Grandes Ecoles venus avec leurs aumôniers. Quant au pauvre château des Hauldres, écrasé par les bâtisses conventuelles, il finit par abriter les sœurs lingères !

Jeunesse de la communauté, liturgie quasi monastique, intenses activités intellectuelles, bibliothèque prestigieuse, vaste et splendide parc, hôtellerie bien gérée, le tout à proximité de Paris, tous les atouts étaient réunis pour assurer au « Saulchoir » un rayonnement exceptionnel.

Les années 50 et 60 furent fastes à tous les points de vue.

Mais des fissures commencèrent d’apparaître dans ce bel édifice, sous le coup des philosophies modernes, des sciences humaines en pleine évolution, de la contestation sociale et politique culminant en mai 1968. Tout un monde s’écroulait.

Le rêve d’un monastère de formation des frères ne correspondait plus, ni à la réalité, ni aux aspirations profondes des frères et des jeunes tentés par la vie monastique.

Jointe aux difficultés financières, la conclusion s’imposait : fermer le Couvent.

Vendu au département en 1971, le « Saulchoir » deviendra d’abord Ecole Normale Mixte de l’Essonne, suivie de l’Institut Universitaire de formation des maîtres (I.U.F.M.)

Les facultés de Philosophie et de Théologie furent transférées près du Couvent de Saint Jacques à Paris, en octobre 1971, la bibliothèque l’y rejoindra en 1973.

Mais le « Saulchoir » n’avait pas seulement rayonné par ses activités universitaires. Il avait fortement marqué la région de son empreinte grâce aux services pastoraux rendus aussi bien dans l’Essonne qu’en Seine et Marne. Bien sûr, tous les curés d’Étiolles furent des frères Dominicains. C’est précisément sous la pression du Diocèse de Corbeil que cinq frères acceptèrent de former, sur place, une petite communauté afin de poursuivre cet apostolat. L’occasion d’ailleurs se présentait : les Prémontrés, propriétaires du « Prieuré » qui leur avait servi de lieu d’insertion pastorale, envisageaient de quitter Étiolles.

Les travaux d’aménagement furent rondement menés et la « Maison de la Sainte trinité », plus familièrement appelée le Prieuré, fut officiellement reconnue le 20 décembre 1972.

Sa vocation était claire ; les Frères, dont l’un devait être curé d’Étiolles, se mettaient au service du Diocèse de Corbeil (aujourd’hui Corbeil-Evry) : accompagnement des équipes de laïcs en charge des paroisses, aumônerie de jeunes, des scouts et des équipes d’adultes, des hôpitaux et des couvents, accompagnement de la catéchèse, de la préparation à la confirmation, au baptême et au mariage, participation aux différents Conseils de l’Evêque.

Le rayonnement spirituel et pastoral des Dominicains s’est donc poursuivi avec vigueur pendant plus de vingt ans après la fermeture du Couvent, de 1971 à 2000, soit, au total, 72 ans de présence dominicaine à Étiolles.

Le Diocèse, sous tous ses aspects, leur a toujours été grand ouvert et une vraie fraternité a intimement lié les Frères aux prêtres, aux Diacres et aux nombreux laïcs en responsabilité.

Faute de combattants, le Prieuré a finalement été fermé sur une dernière messe, célébrée en l’Église d’Étiolles, le 18 juin 2000.

Avec le départ des derniers Dominicains, une page de l’histoire est maintenant tournée et, sur le « Saulchoir » flotte un profond parfum de mélancolie, comme sur le prieuré, pour ceux qui les ont connus.

Cette relation des Dominicains à Étiolles est essentiellement tirée des écrits du Père Piolet, de la conférence du Père Duval, donnée à l’occasion du cinquantenaire de la présence dominicaine à Étiolles, en 1988 et du dernier prêche du Prieur principal de la communauté, le Père Jean Mansir.

Le Prieuré a été finalement préempté et acheté par la Mairie. (La Police Municipale y a dorénavant installé ses bureaux).

(Texte de Pierre Postel)

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